Le Rendez-Vous du Cinéphile
Depuis plusieurs années, Le Rendez-vous du Cinéphile s’est imposé comme l’un des rendez-vous emblématiques du Champo.
Une manière vivante et ludique de (re)découvrir les films qui ont façonné la cinéphilie :
Chaque séance comprend une présentation avant le film et un échange après la projection, pour partager, débattre et comprendre le cinéma en action - séances animées par Elie Bartin, rédacteur en chef de superseven.fr
Ce nouveau cycle, intitulé « DIVINES COMÉDIES », du 8 mars au 26 avril, explore le rire comme une force de mise en scène : le burlesque, la satire, l’absurde ou la comédie de mœurs deviennent des façons de regarder le monde autrement. Ici, le gag n’est jamais gratuit : il révèle nos gestes, nos règles, nos illusions — et transforme le quotidien en spectacle.
Un rendez-vous avec des films qui prouvent que la comédie est un art majeur — précis, musical, et parfois plus lucide que le drame.
« DIVINES COMEDIES » :
Le rire comme art majeur, du burlesque aux codes du monde.
Le printemps arrive, le soleil l’accompagne mais la morosité de l’actualité guette. Pour garder le sourire, rien de tel que le cinéma et la comédie, qu’elle soit physique chez les burlesques Keaton et Tati, bavarde chez les charmeurs de Tbilissi et de Rome, ou cynique devant la caméra de Nichols et de Risi. Tous, à leur manière, font rire, au gré d’histoires d’amour rocambolesques, de crimes imprévus ou de rencontres fortuites. Car le destin fait partie intégrante du genre et nous ne sommes peut-être que les comédiens d’une farce qui nous dépasse.
DUO 1 : CORPS DE RIRE
- Dimanche 8 mars : LES VACANCES DE M. HULOT de et avec Jacques Tati
- Dimanche 15 mars : LA CROISIÈRE DU NAVIGATOR de et avec Buster Keaton
DUO 2 : SÉDUCTION SOUS TENSION
- Dimanche 29 mars : IL ÉTAIT UNE FOIS UN MERLE CHANTEUR de Otar Iosseliani
- Dimanche 5 avril : BIANCA de Nanni Moretti
DUO 3 : LES MÉLAN-COMIQUES
- * Dimanche 19 avril : CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL de Mike Nichols
- * Dimanche 26 avril : PARFUM DE FEMME de Dino Rosi
DUO 1 : LE COMIQUE BURLESQUE
- Dimanche 8 mars : LES VACANCES DE M. HULOT de et avec Jacques Tati
- Dimanche 15 mars : LA CROISIÈRE DU NAVIGATOR de et avec Buster Keaton
DEREGLER LE MONDE :
Corps, espace, mécanique, cascades : le gag comme chorégraphie.
Deux burlesques, deux époques, une même idée : le comique surgit quand un corps “à côté” rencontre un monde trop bien réglé.
Tati transforme la station balnéaire en ballet social où un détail, un bruit, un geste suffisent à tout décaler ;
Keaton fait du paquebot déserté une machine à survivre et à inventer.
Les deux films se répondent comme deux variations d’une même musique : l’espace (navire / plage) devient une scène, le quotidien un ballet, l’accident une poésie. Keaton accélère, Tati suspend ; l’un conquiert la machine, l’autre révèle les manières. Deux façons de faire dérailler le réel — avec précision, grâce, et une mélancolie légère au coin du rire.
Projection : Dimanche 8 mars à 11h
Présenté par Élie Bartin
Buster Keaton embarque le burlesque en haute mer et fait d’un paquebot… une gigantesque boîte à gags.
Le pitch est déjà un gag : un héritier très chic, très inutile, se retrouve coincé sur un navire sans équipage, avec tout le confort du luxe — et personne pour expliquer où se trouve la cuisine, comment ouvrir une porte récalcitrante, ou simplement comment vivre. Résultat : chaque geste du quotidien devient une aventure. Manger, dormir, se laver, se déplacer… tout se transforme en problème pratique, donc en cascade comique : on essaye, on rate, on improvise, on recommence, on empire, puis on trouve une solution qui déclenche aussitôt un nouveau désastre.
Le génie de Keaton, c’est cette impassibilité mythique au milieu du chaos : visage de marbre, corps d’acrobate, précision d’horloger. Il construit le rire comme une mécanique implacable : une idée “logique” mène à une catastrophe “logique”, et le décor, immense, répond coup pour coup. Le paquebot devient un partenaire de jeu — couloirs, cabines, machines — une arène où le burlesque prend de l’ampleur, de la vitesse, du souffle.
La Croisière du Navigator est du cinéma pur : une invention permanente, un rythme souverain, et cette poésie rare qui naît quand la mécanique s’acharne… et que Keaton refuse de céder.
Projection : Dimanche 15 mars à 11h
Présenté par Élie Bartin
Avec Les Vacances de M. Hulot, Jacques Tati fait du moindre détail un gag : un salut qui s’éternise, une porte qui refuse d’obéir, une chaise qui grince au mauvais moment, un bruit qui revient comme un refrain. Dans cette station balnéaire, tout le monde s’applique à “bien” passer ses vacances — horaires, repas, promenades, politesse — comme si l’été était un règlement intérieur.
Et voilà Hulot : il n’attaque rien, il ne provoque personne… il déplace. Un demi-pas à côté, et tout le petit théâtre se met à dérailler avec une élégance irrésistible.
Tati compose la plage comme une scène et l’hôtel comme une mécanique délicate : gestes, regards, objets et sons s’enchaînent en partition comique où le rire naît de l’attente, de la répétition, du petit accident parfaitement placé.
On rit d’autant plus qu’on reconnaît tout — et qu’on voit, soudain, à quel point nos habitudes sont drôles. Sous cette légèreté, il y a une tendresse : celle des vacances qui filent, des rencontres à peine commencées, de ces instants minuscules qu’on voudrait retenir.
Un chef-d’œuvre qui fait rire… et qui laisse, mine de rien, un sourire un peu rêveur.
DUO 2 : SÉDUCTION SOUS TENSION
- Dimanche 29 mars : IL ÉTAIT UNE FOIS UN MERLE CHANTEUR de Otar Iosseliani
- Dimanche 5 avril : BIANCA de Nanni Moretti
Chez Iosseliani et Moretti, la séduction est une zone instable : on charme, on s’emballe, on s’emmêle… et l’amour devient un test de réalité (souvent hilarant, parfois cruel).
IL ÉTAIT UNE FOIS UN MERLE CHANTEUR — Otar Iosseliani (1970)
Projection : Dimanche 29 mars à 11h
Présenté par Élie Bartin
À Tbilissi, un jeune percussionniste charme, court, s’égare : une comédie douce-amère sur le temps qui file et les rendez-vous manqués.
Imaginez un type charmant… mais incapable d’être à l’heure, et même incapable d’être au même endroit deux minutes de suite. À Tbilissi, ce jeune percussionniste traverse sa journée comme on improvise un solo : un pas ici, un sourire là, un rendez-vous raté, un autre commencé, une répétition qu’on quitte avant la fin “juste deux secondes”.
Iosseliani filme cette agitation avec une légèreté délicieuse : la ville devient un jeu de pistes, les rencontres des refrains, et le comique naît de cette énergie folle dépensée pour… ne jamais vraiment se poser.
On rit de ses échappées, de ses demi-tours, de ses petites pirouettes sociales — et puis, sans prévenir, le film glisse un grain de mélancolie : à force de courir, on peut manquer l’essentiel.
Une comédie douce, musicale, pleine de grâce, qui te laisse avec le sourire… et un petit pincement très humain.
BIANCA — Nanni Moretti (1984)
Projection : Dimanche 15 mars à 11h
Présenté par Élie Bartin
Un prof de maths ultra-moraliste tombe amoureux… pendant qu’une série de meurtres rôde.
Une comédie grinçante et sentimentale. Voici Michele, professeur de maths, spécialiste des équations… et des gens qui ne se comportent pas correctement. Il observe tout, commente tout, juge tout : les couples, les voisins, les habitudes, les contradictions — comme si la vie devait enfin arrêter de tricher et rendre une copie propre.
Problème : il tombe amoureux.
Et là, catastrophe logique : l’amour refuse d’obéir aux règles, les certitudes se mettent à trembler, et Michele devient le meilleur ennemi de lui-même.
Moretti transforme cette névrose en comédie grinçante et irrésistible : plus Michele veut contrôler, plus tout lui échappe — et plus on rit (souvent un peu nerveusement, c’est vrai).
Entre romance, parano et absurdité du quotidien, Bianca est une comédie où l’on comprend une chose essentielle : la vie n’a pas de solution unique… et c’est pour ça qu’elle est drôle.
DUO 3 : LES MÉLAN·COMIQUES
- Dimanche 19 avril : CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL de Mike Nichols
- Dimanche 26 avril : PARFUM DE FEMME de Dino Rosi
Avec Nichols et Risi, la comédie prend un goût plus adulte : plus cynique, plus mélancolique, où l’on rit parce que ça pique — et parce que le rire, parfois, est la seule manière de regarder en face.
CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL (Carnal Knowledge) — Mike Nichols (1971)
Projection : Dimanche 19 avril à 11h
Présenté par Élie Bartin
Mike Nichols filme le désir comme une comédie cruelle : non pas le grand amour, mais les fantasmes, les poses, les compétitions, et les malentendus qui s’accumulent jusqu’à faire mal.
Deux amis, deux égos, et un manuel de séduction imaginaire qu’ils réécrivent sans cesse… en se trompant à chaque chapitre. Mike Nichols observe le désir avec un sourire très acéré : on se vante, on s’emballe, on se protège, on se contredit — et l’on transforme l’amour en compétition, puis en malentendu, puis en grande fatigue.
C’est drôle parce que c’est précis, parce que les répliques font mouche, et parce qu’on reconnaît, derrière la posture, la peur d’être vulnérable. On rit — parfois jaune, oui — devant la mauvaise foi, les illusions, les petites cruautés ordinaires.
Une comédie adulte, brillante, qui te fait rire… et te rappelle, mine de rien, que les sentiments ne se gèrent pas comme un tableau Excel. Une “comédie adulte” au rythme impeccable, où le rire est une arme — et parfois un aveu.
PARFUM DE FEMME (Profumo di donna) — Dino Risi (1974)
Projection : Dimanche 26 avril à 11h
Présenté par Élie Bartin
Ici, la comédie italienne avance sur un fil : insolente, élégante, et traversée d’une tristesse qui affleure sous les bons mots.
Un capitaine aveugle, une langue affûtée, une élégance provocatrice, et un talent rare pour transformer n’importe quelle situation en numéro. Il drague, il pique, il provoque, il joue au tyran mondain… et entraîne un jeune cadet dans un voyage en train qui ressemble à un tour de manège : on rit, on grimace, on se fait surprendre.
Dino Risi orchestre une comédie italienne au vitriol, où chaque bon mot cache quelque chose de plus fragile — et où la flamboyance sert souvent de bouclier.
Vittorio Gassman est incroyable : excessif, drôle, insupportable, bouleversant à la seconde où on ne l’attend pas.
Parfum de femme fait rire “à l’italienne” : avec panache, avec cruauté parfois… et avec ce supplément d’âme qui te rattrape au détour d’un sourire.
Le printemps revient, le soleil aussi… mais l’époque sait plomber l’humeur. DIVINES COMÉDIES propose un antidote simple : (re)trouver le sourire au cinéma, là où le rire n’est jamais un simple divertissement. Ici, il a trois fils rouges. LE CORPS, LE DÉSIR, LA MORSURE.
Et au fond, dans ces 6 films, le destin adore improviser : rencontres fortuites, élans absurdes, faux pas irréparables… et nous, on joue les comédiens d’une farce qui nous dépasse.
CARROUSEL